Le malentendu

 

Médecin réputé, notre ancien condisciple de Gautier a été récemment * invité à présenter et commenter une nouvelle technique chirurgicale à l’hôpital de Mustapha. Après l’intervention et sa conférence, une réception est organisée en son honneur avec allocution du ministre, en présence du directeur général et de très nombreux professeurs et chefs de service.

 Au chauffeur chargé de le raccompagner au Saint-Georges, il signale qu’il a habité Belcourt durant toute sa jeunesse. « Ah bon ! Pas de problème, si ça te fait plaisir on passe par chez toi ».

Arrêté à la porte de l’immeuble, il n’a pas le temps de ravaler son émotion que le chauffeur a déjà sonné et  le propulse familièrement par l’épaule devant une famille nombreuse rassemblée autour de la télé : « Salamalikoum, c’est le grand docteur pied noir qui a grandi chez vous avant l’indépendance ». On se lève, on éteint la télé, on le salue avec des sourires sans complexes et déjà la mamma prépare le café.

Après ces présentations, un petit choc, il repère et fixe dans l’entrée, à sa place, la petite applique en laiton que sa mère aimait tant. Son regard n’a pas échappé : « C’est à vous la lampe, Docteur ? Reprenez-la, reprenez-la, pas de problème ! ». Du coup c’est lui qui se trouve à contre-pied, embarrassé pour refuser sans offenser en remerciant sans remercier de trop.

 La visite de l’appartement s’organise. Au bout du couloir, voici la porte de sa chambre, la chambre de son adolescence, celle où, sexagénaire, il lui arrive encore de rôder en songe. Mais cette porte, sa porte, est condamnée ! On lui explique :

« Là, Docteur, c’est la pièce enchantée 

-         La pièce … enchantée ?

-         Non, la pièce en chantier. Conséquence du séisme de Boumerdès, il faut renforcer une poutre et refaire la cloison ! ».

 

Un simple quiproquo, bien entendu !

 

* Novembre 2003