D' El-Biar vers le Télemly, chemin Laperlier ,

ROGER CUREL   AVEC   ALBERT MARQUET

 

 

" La jeune fille monte dans les hauteurs et, du balcon de Saint-Raphaël, elle regarde Alger. Malheur ou bonheur, rien ne résiste à la ville, elle délite, fragmente et sépare. Tout s'apaise et disparaît au vent léger qui rassemble là-bas les mille points lumineux d'une mer écumeuse et dansante. … 

… Ensuite elle redescend par ces chemins où fleurissent les hibiscus, la douceur un peu mièvre des roses-pompon, les treilles précieuses et grêles pointillées de jasmins et les guirlandes enivrantes des chèvrefeuilles enlaçant les tonnelles.  ...

... Le long de la vague sombre des bougainvillées - les fleurs éclatent dans une écume rose, violette et rouge - qui borde les grandes villas elle découvre derrière les portails à claire-voie les calmes images - saisies en une seconde, arrêtées à jamais - de cette vie moitié campagnarde et moitié citadine. ...

 ...  Un chauffeur passe une voiture au jet. L'eau fume sur le ciment de la cour et il regarde vers le ciel. Un homme repousse un pointer qui gambade, il lève la tête et sourit. Deux enfants jouent au croquet, s'arrêtent et la regarde, étonnés.Une femme étend du linge, la bouche pleine d'épingles elle chantonne, la dernière pince à linge posée, la voix éclate criarde, vulgaire, et elle entend longtemps les paroles derrière elle. Encore un homme, il vient sonner, une serviette à la main il attend, se retourne, sonne à nouveau et détourne la tête rapidement quand elle a traversé le champ du portail. "

                                              Roger Curel - Eloge de la colonie - ( Climat - 1992 )