Désir de l'ombre

 

Désir de l'ombre

Jean-Paul Follacci  - anecdote

Jean Brua  -  illustration et légende parues dans  "L'Algérianiste"

 

 

L’entracte n’en finissait jamais (1).

 

La vente des bliblis, tramousses et cacahuètes (2) s’éternisait. Il fallait indéfiniment poireauter avant que les cow-boys puissent enfin déferler sur l’écran.

 

 

 

 

 Arrégardez-moi-le, Buffalo le laouère

Qu'à un chameau à cornes il y'a donné sa mère !
 

 

Alors excédé, le prestigieux Mekki, surnommé Gueule d’amour et dit aussi Dérailleur, écolier la journée, cireur occasionnel le soir et incomparable footballeur d’impasses, donnait le signal en rugissant un formidable  « ETEINDEEEEEEEEZ » qui couvrait le brouhaha.

 

Immédiatement les premiers rangs du parterre (3) scandaient, sur l’air des lampions bien sûr :

-        « E-tein-dez,  la lu-mière

-        Com-men-cez le ci-né-ma !

-        E-tein-dez,  la lu-mière

-        Com-men-cez le ci-né-ma ! ».

 

Etait-ce réellement efficace ? Toujours est-il que le film ne tardait guère.

 

 

1-       Souvenir du cinéma Palace de Koléa.

2-       On ignorait encore le chocolat glacé « Des cœurs », ancêtre local des esquimaux.

3-       Places très bon marché, sièges métalliques, surveillance du garde-champêtre et il fallait entrer à l’avant de la salle par une petite porte donnant sur une ruelle latérale.