à  la  Fac

 

 

 

 

par  Jean-Pierre  Multedo

 

 


 

 

Le PCB

 

 

Tchâo Gautier, Bugeaud et autres bahuts ! Maintenant, on est des Grands (1).  Avec le bac, on peut traverser la rue Michelet et  se faire inscrire à la fac et à l’Otomatic si on a les moyens. PCB, ce n’est pas encore Médecine mais c’est une bonne mise en condition. Nous sommes 400 dans l’Amphi C. Nous ne serons que 80 en première année. Alors ce n’est pas le moment de rigoler. D’ailleurs, dès que tu as vu BERLANDE, tu n’as plus envie de rigoler. BERLANDE (2), c’est le professeur de chimie tout droit sorti du 19ième siècle, entre Pasteur et Tournesol avec ses grosses lunettes et ses petits tubes à essais (3).

 

 

Il arrive, fait son topo puis  s'en va discrètement (4) mais personne ne peut  l'oublier. Ensuite, c'est DURCHON, le professeur de biologie animale (5), le chéri de ces demoiselles, plutôt genre Cary Grant, déclamant et illustrant ses cours de façon remarquable. Elles, c'est sûr n'ont pas dû l'oublier. Et puis PERROT (6), professeur de physique et QUEZEL (7), professeur de biologie végétale, très sympas, ont contribué efficacement à notre passage en médecine, pharmacie ou chirurgie dentaire.  Après, ce sera une autre histoire : pour arriver à nos fins, il nous faudra franchir le pont de KEHL.

 

 

Le pont de KEHL

 

 

 KEHL, ce n'est pas le pont qui franchit le Rhin juste après Strasbourg. Notre KEHL, c’est le professeur d'histologie et d'embryologie, celui qui  a le plus marqué pendant la durée de nos études préparatoires. KEHL (8), c’est le monarque absolu, le passage obligé après  le PCB, passage de 2 ans d'études fondamentales avant de rejoindre si possible le paradis des études cliniques. Une terreur ! Ceux qui voulaient l'éviter partaient faire ces 2 années en métropole puis revenaient parfois ou disparaissaient. Ce potentat de légende ne quittait jamais son labo ni sa maman disait-on (9)... Il fallait assister à tous ses cours sous peine d'exclusion et "Moustache", son garçon de salle faisait la "mata"du haut de la galerie ou du vasistas et ça c'est bien vrai. Le patron a même viré deux de ses chargés de cours qui étaient partis se promener du côté du forum un certain 13 Mai.

 

 

Il était comme cela : le boulot avant tout ! Et personne n'aurait osé lui tenir tête, même pas DE RIBET (10). On baissait la tête et on copiait ses cours sans broncher car son appareil auditif ne supportait pas le moindre murmure (11). Ses cours par contre étaient d'une qualité exceptionnelle. Heureusement, pour décompresser, on avait parfois ses maîtres de conférences (12) qui étaient beaucoup plus sympas (Girod et Cohen Solal).

 

 

René Marcel de RIBET

 

 

Professeur d'anatomie, neuroanatomiste mondialement connu,  R.-M. de Ribet (13) a formé des générations de carabins qui lui doivent beaucoup. Son enseignement extraordinaire était basé sur la dissection et sur la représentation graphique. Et tous les jours de 13h30 à 15h, on taillait (14), on découpait (15) et on se parfumait au formol. Après, on avait des cours jusqu'à 19h et quand on sortait de cette galère, on allait faire un tour rue Michelet. On était reconnus tout de suite rien qu'à l'odeur. Alors adieu la drague... Et lui le Patron rien qu'il se marrait ! 
" Petit, viens un peu au tableau me dessiner le grand  supinateur. Mais t'y as rien compris mon ami ! Bardasi ! (il appelait son garçon de salle qui en avait l'habitude et qui ne bougeait pas), Bardasi ! Ouvre la fenêtre, j'ai trop chaud ! Bardasi ! Je m'endors, apporte-moi le café !" Ou bien alors : " Jean Christian (Michel) ! Même pas tu as acheté mon livre ! Moi, j’ai bien acheté ton disque etc...". Un vrai bonheur ! On ne peut l'oublier. D'ailleurs, une salle de chirurgie de l'hôpital Saint-Roch à Nice porte son nom mais certainement pas pour ce que je viens d'évoquer.

     

 

Laissez KEHL

 

 

Après ces années de galère, le reste c'était du gâteau. On était pratiquement sûrs d'aller au bout du parcours. Les profs étaient sympas, la plupart cliniciens et on les retrouvait le matin dans leurs services à l'hôpital (16). C'était nettement plus cool. Ici c'est VERGOZ, célèbre professeur de chirurgie très proche de ses élèves, n’hésitant pas à prendre son temps pour leur expliquer sur le terrain la façon de mener un bon examen clinique.
Afin d'éliminer "les séquelles" des 2 années passées, nous avions organisé une fiesta qui se devait inoubliable. René RIVIèRE avait obtenu une salle de réunion à l'Amirauté. ZERDAB avait fait livrer un superbe couscous made in Casbah. On avait mis au point un sketch intitulé "Laissez KEHL", agrémenté de ces quelques caricatures sous forme de diapositives  projetées (17). Après 45 années elles ont perdu de leur fraîcheur, comme nous d'ailleurs, mais pour ceux qui comme moi ont franchi le pont de KEHL et ont su en éliminer les séquelles tout en conservant le meilleur, elles rappelleront j'espère les bons moments que nous avons vécus ensemble (18), dans cette grande FAC d'ALGER qui a fait de nous les toubibs que nous sommes devenus (19).          

 

 

1957

 

Jean-Pierre MULTEDO

Mars 2005             

 

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